Le réveil est difficile pour l’UMP au lendemain des régionales. Le parti de la majorité présidentielle n’a recueilli au niveau national que 35,38 % des voix, son plus mauvais score sous la Ve République, tous scrutins confondus. Mais au-delà du camouflet électoral, ces résultats peuvent-ils avoir un impact à grande échelle sur la gestion du pays ? Les régions sont-elles en mesure de constituer un contre-pouvoir au pouvoir central, une force d’opposition à la politique actuelle ?
Tout au long de la campagne, le PS et plus largement la “gauche solidaire” a mis en avant un de ses plus beaux chevaux de bataille : la défense du service public. Un des premiers secteur concerné : l’éducation, avec la suppression de près de 16000 postes d’enseignants à la rentrée 2010. Mise en cause également : la réforme du lycée qui entrera en application en septembre 2010.
Les compétences de la région pour le lycée ? La construction des établissements, leur budget de fonctionnement, la gestion du personnel non-enseignant. Le lycée est le deuxième poste budgétaire du Nord-Pas-de-Calais avec 20 % du budget. Assez pour exercer un contre-pouvoir ?
« La gauche intervient là où il y a des carences de l’Etat »
L’aspect technique de l’intervention des régions semble limiter toute dimension politique réelle à son action. Une vision que ne partage toutefois pas Jean-Marie Alexandre, tout nouveau vice-président en charge des lycées : “Je suis un politique, pas un constructeur de lycée.”
Le programme régional du PS en la matière va dans ce sens : gratuité des transports scolaires, fourniture d’ordinateurs portables, lutte contre l’échec scolaire, « pack pour l’autonomie afin de faciliter l’accès au logement et à la santé ”. Des alternatives à la politique proposée par le gouvernement en matière d’éducation.
Encore plus politique, la promesse du “pass contraception » dans les régions. La “bonne idée” de Séglène Royal en Poitou-Charentes qui avait à l’époque fait réagir le gouvernement qui s’était opposé à la mesure. La stratégie : investir de nouveaux champs de compétences au-delà des obligations légales des régions. On appelle cela la clause de compétence générale, à laquelle est hostile Nicolas Sarkozy.
Pour Frédéric Chereau, responsable communication à la fédération socialiste du Nord, l’Etat doit laisser les régions travailler avec eux « au coeur du système » (Ecouter le son intégral)
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Par le biais du secteur de la santé, la région pourrait trouver un moyen d’imposer son pass. « Avec la région, nous avons un pied dans le lycée, c’est un lieu où l’on intervient à pleins d’endroits différents. Il serait intéressant de rencontrer directement le public cible pour ce pass contraception » explique Frédéric Chereau.
La région joue finement, notamment en prenant en compte le rôle des acteurs scolaires de santé. Patricia Adam est secrétaire académique du syndicat infirmier Snies et plaidera pour le « pass » auprès du rectorat :
“Nous serons pour cette initiative car elle place l’infirmière scolaire au coeur du processus. Pourtant, nous dépendons du ministère de l’Education nationale, mais il y a une vraie volonté de partenariat.”
Plus de vidéoprotection, moins de surveillants
Mais l’action des régions se heurte souvent aux prérogatives nationales. “Pour l’Etat, la relation idéale avec nous c’est “je décide, vous payez””, explique Jean-Marie Alexandre. A cause de la multiplication des agressions dans les lycées et aux abords, l’UMP veut généraliser la “vidéoprotection” et continue, en parralèle, à supprimer des postes de surveillants pour dégraisser les effectifs de la fonction publique.
Pour Xavier Darcos, ex-ministre de l’Education nationale : “La région a une compétence dans le domaine des bâtiments, elle doit concourir à la sécurisation, voire à la sanctuarisation des établissements qui le souhaitent.” Une conception aux antipodes de celle du PS qui souhaite plus de surveillants.
Comme le confirme Frédéric Chereau du Parti socialiste : « La caméra de surveillance offre une image à posteriori de ce qui s’est passé. Mais le but c’est d’abord d’empêcher qu’il se passe des drames. » (Ecouter le son intégral)
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Des élus régionaux pas toujours présents
Autre moyen pour la région d’investir le champ politique : soutenir les revendications syndicales, d’ampleur nationales, au niveau régional. En région, on affirme que les élus sont présents dans les cortèges, qu’ils font le job au conseil régional.
Du côté des syndicats, l’enthousiasme ne semble pas unanimement partagé. A l’Unsa, on se réjouit de pouvoir compter sur le soutien d’élus “dont la parole compte dans les ministères”. Mais chez le syndicat enseignant majoritaire, la FSU, on est bien plus sceptique :
“Sur le plan institutionnel, la région est en charge des lycées, il y a donc des points de rencontre mais, en fait, les contacts sont difficiles. Un réel soutien politique serait de commencer par accepter des rencontres régulières afin que l’on puisse exprimer nos besoins. Ca fait une paire d’années qu’on ne les a pas vus.”
D’après Catherine Piecuch, secrétaire régionale de la FSU, « depuis trois quatre ans, les élus viennent de moins en moins” au conseil académique de l’Education nationale, l’instance qui regroupe le rectorat, les syndicats et les élus régionaux.
Jean-Marie Alexandre n’accepte pas cependant que l’on remette en cause l’action de la région. Selon lui, le problème est avant tout un problème de visibilité : “La presse ne nous suit pas, nous ne sommes pas assez médiatisés dans nos actions.” Encore la faute aux médias ? Plus sûrement le reflet de la tradition française, centralisatrice, qui laisse peu de poids aux entités régionales.
Mathilde Boussion et Camille Gelpi


