Perdre son mandat régional et mourir ?

Après les élections régionales, on met souvent les projecteurs sur les nouveaux élus. Chemin de l’école, cartable, toute la palette du vocabulaire scolaire est utilisé pour qualifier la rentrée des conseillers régionaux. Qu’en est-il des laissés de côtés ?

Alors qu’ils ont vécu quelques mois de folie pendant la campagne, sans compter leur temps ni leurs kilomètres, ils se retrouvent du jour au lendemain sans mandat. Pas de cérémonie d’adieu, la passation se fait au détour d’un couloir. Des bureaux qui se vident face au personnel de la région, tristes de voir leurs collègues partir. En jeu pour les recalés : une bonne partie de leur occupation et de leur revenus.

Mais tous ne vivent pas la transition de la même manière. Il y a ceux qui savaient leur place non éligible et ceux pour qui c’est un choix. Les « je m’y voyais déjà » et les « mais pourquoi moi ?».

Petit tour sentimental des élus. Côté subit, côté choisi.

Pour eux, c’est subi

Victimes du jeux des alliances, recalés à des positions non éligibles par leur parti, eux tenaient à siéger au conseil régional. Aujourd’hui, ils partagent un goût d’inachevé. La voix un peu traînante, le ton un rien déçu.

Lahcen Boudjoudik était étonné de se retrouver en position non éligible, 37ème sur la liste PS du Nord. S’il pense essentiel de se retourner vite, il trouve la période de transition difficile à vivre.

« Même si on est pas morts pour autant, quand on comprend qu’on ne siégera plus, ça fait de la peine. Les gens continuent à se tourner vers moi pour porter leur voix à la région. Ils sont habitués à venir me voir. Mais, si on est un vrai politique, on revient vite à l’attaque. Il faut rebondir, et le faire vite. Je vais retravailler à l’envers, en partant de ma commune. Relancer les dossiers qui me tiennent à cœur. »

Plus d’amertume du côté de Danielle Lhomme. Dès la constitution des listes, 24e PS dans le Nord, elle savait sa position non éligible. Un traumatisme pour cette femme qui a même choisit de ne pas faire campagne. Pour elle, c’est « un choc brutal ». Un grand vide.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Christophe Di Pompeo pensait, lui, être réélu. Il a été très surpris de ne pas être reconduit. « Pour moi, c’était acquis. » Selon les calculs de ce chercheur en mathématiques  à l’université de Lille 2, sa place, la 45e, devait passer. C’était sans compter la fusion des listes Nord et Pas-de-Calais qui l’ont relégué au rang des perdants. La liste est descendue jusqu’à la 44e place.

«  Je me suis retrouvé juste devant la porte. Je n’étais pas vraiment déçu mais en colère contre moi-même. Je me suis dit quel con ! J’ai le diplôme universitaire le plus élevé de maths et j’ai pas été fichu de bien faire les calculs, de prévoir que je pourrai ne pas être réélu.»

Mais si Christophe Di Pompeo n’est pas trop déçu, c’est qu’il a bon espoir de retrouver son mandat très bientôt. Premier sur la « liste d’attente » il se verra sûrement céder un siège en cours de mandat par un conseiller touché par le cumul des mandats au moment des élections sénatoriales.

Pour eux, c’est un choix

Pour Colette Dessaint, au contraire, pas de quoi être triste. Sur les listes PCF, elle était 12e éligible au premier tour pour « tirer les listes », elle a disparu des listes dans l’entre-deux-tours. Elle a choisi de ne pas se représenter. « Je ne suis pas chagrine, ni déçue. »

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

D’ailleurs, elle ne comprend pas vraiment ses collègues qui ressentent un petit moment de dépression. « Il faut aussi se construire une vie après des élections. Savoir faire des priorisassions. » Et pour elle, le renouvellement a du bon, savoir laisser la place. « Il faut que des jeunes prennent la relève. »

Pour Marie-Noëlle Lienemann, conseillère régionale sortante, le choix de « quitter le Nord-Pas-de-Calais » s’est imposé durant la campagne des municipales d’Hénin-Beaumont à laquelle elle a refusé de participer. Pour autant, la retraite politique n’est pas pour tout de suite. Marie-Noëlle Lienemann, membre du bureau national du PS, n’a plus de mandat, mais « continue d’être militante ». Elle a pris « une année sabbatique de réflexion » :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Et puis, il y a Bernard Quandalle. Fin de mandat rime avec vacances heureuses. Il rend son tablier après 40 ans de bons et loyaux services au PS:

« J’ai 70 ans. Voilà une raison suffisante. J’ai été maire de Dainville pendant 31 ans. Je suis parti volontairement, un peu sous la pression de mon épouse. Ce qui me manquait ce n’était pas la passion, mais la vie familiale. Il était temps pour moi de m’occuper d’autre chose. Aujourd’hui, je me sens en vacances. »

Aurélie Darbouret et Laura Aguirre de Carcer

Poster un commentaire

Votre adresse email n'est jamais publiée ou diffusée. Les champs requis sont marqués d'un *

*
*