Luttes fratricides, guerres intestinales, ces mots sont souvent utilisés pour évoquer les remous internes au PS. Au parti, pour parler de ces tensions, on préfère le terme de « logique interne ». Une façon pudique de parler de l’organisation de cette formation très hiérarchisée. Une logique difficile à appréhender pour les non initiés.
Décryptage de ces mécaniques à un moment-clé : les élections régionales. Comment s’est constitué le groupe PS au conseil régional? Être éligible ou recalé, être bien placé ou être relégué à la figuration. Qui a décidé de la hiérarchie de ces listes aux places convoitées?
Pas de règle générale imposée par le bureau national: chaque fédération choisit sa méthode. Exemple dans le Nord-Pas-de-Calais, où, dans chacun des deux départements, les règles varient.
Nord méthodique…
Dans le Nord, on est bien loin des discours enflammés et des duels sanguins qu’on pourrait imaginer. Pour une alchimie réussie, pas de recette magique mais une formule mathématique alambiquée.
Une commission a été mise en place où siègent des représentants de chaque motion. Grâce à cette discipline stricte, les choses se passent plutôt bien. Une façon judicieuse de tenir à distance les guerres d’egos.
Frédéric Chereau, fédération du Nord :
« C’est la méthode qu’on a trouvé au Parti socialiste pour gérer nos différentes tendances, des avis différents. »
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Au total, ce sont plus de huit critères qui sont croisés :
- Âge
- Renouvellement (objectif : prés de 50% de renouvellement. Au final, 44% atteint)
- Parité (appelé dans les bureaux le « chabada strict »)
- Équilibre des territoires
- Équilibre des motions
- Ouverture aux autres partis de gauche (PRG, MRC)
- Ouverture à la société civile (syndicalistes, personnalités non encartées)
- Ouverture aux diversités (personnes handicapés, diversité des origines culturelles, des origines socio-économiques…)
Frédéric Chereau :
« On mélange tout ça dans un chapeau, et on voit ce qui en sort. »
La liste composée est alors présentée aux militants. Oui ou Non, pas beaucoup de choix. Et cette fois-ci, ils l’ont approuvée.
C’est du côté de l’équilibre des motions que l’on trouve quelques tensions. Chaque motion doit être représentée à hauteur de son succès au dernier congrès. Ainsi, la pluralité des courants qui animent le parti sont représentés équitablement. Dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est la motion D, comprenez Aubry, qui a la côte. Plus de 50% des militants penchent pour la première secrétaire.
Mais attention, tous ne suivent pas cette religion.
… Pas-de-Calais légitimiste
Dans le Pas-de-Calais, la constitution des listes repose sur deux logiques qui parfois se contredisent : le vote des militants d’une part et la décision des responsable de la fédération qui tranche en dernière instance. Un double système qui crée des frustrations et de l’incompréhension.
Le poids des motions n’intervient pas en première instance. La constitution des listes se veut avant tout représentative des territoires.
Selon Bernard Quandalle, conseiller régional sortant:
« Dans le Pas-de-Calais, une part très importante est accordée aux militants. L’objectif est d’assurer à chaque territoire d’avoir au moins un élu. »
Dans les quatorze circonscriptions du département, les militants sont appelés à désigner leurs quatre candidats préférés parmi une liste qui en compte entre quatre et douze.
Pour Bernard Quandalle, membre du PS depuis 40 ans, maire de Dainville trois décennies durant :
« Les militants désignent les candidats qu’il préfèrent. Le premier désigné par les candidats est théoriquement sur la liste des éligibles. »
Pourtant, dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Pour Catherine Génisson, première secrétaire de la fédération socialiste du Pas-de-Calais, les règles étaient claires dès le départ :
« Nous avons consulté les militants pour une présélection des candidats. Mais nous avions bien indiqué aux militants qu’il y aurait d’autres critères. »
Une « subtile alchimie »
D’autres éléments sont en effet venus pondérer le choix des militants : la parité, la fonction du candidat et le résultat de ses dernières campagnes électorales, le renouvellement, la représentation des différentes catégories socio-professionnelles et de la diversité… Une cuisine interne pour trouver une « subtile alchimie ».
En dernier ressort, c’est donc au siège de la fédération, à Lens, qu’a été arrêtée la liste définitive. Et c’est à ce stade que la représentation des différents courants est intervenue : « La commission électorale est proportionnelle à la représentativité des différentes motions », explique Catherine Génisson.
Sans surprise, la majorité est donc revenue à la motion de Martine Aubry.
Pour les élus sortants, qui n’ont pas été placés en position éligible, le système est biaisé. Entre amertume et déception, ils dénoncent bien souvent une commission qui fonctionne de manière opaque et arbitraire.
Charles François, conseiller municipal de la ville de Calais, est entré dans le précédent conseil régional suite à une démission en 2008. En 2010, il est 33e sur la liste des régionales.
« Je suis arrivé en tête du vote des militants à la section de Calais. Il y avait 120 votants et j’ai eu 98 voix. Pourtant, j’étais en position inéligible sur la liste des régionales. C’est la préférence de la tête de liste qui a primé. Je l’ai appris par un coup de téléphone d’un ami, à 11h00 du soir. »
Pour l’ancien secrétaire de la section du PS de Calais, Percheron ne lui a pas pardonné de perdre la mairie :
« On a perdu les élections municipales en 2008 à Calais. A partir de ce moment-là, je n’étais plus en odeur de sainteté. »
Une explication confirmée par Catherine Génisson :
« On a voulu mettre quelqu’un de jeune. On est dans une logique de reconquête de la ville de Calais. »
Charles François, amer, a démissionné du Parti socialiste, avant le premier tour des élections espérant faire du tort à la tête de liste.
Dans le Berckois, même cas de figure et même déception pour Danièle Lhomme. La vice-présidente sortante du conseil régional n’a pas digéré d’être placée en position non-éligible (24e) sur la liste des régionales 2010.
Elle se dit « victime, sur la 4e circoncription du Pas-de-Calais, d’un parachutage ».
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Et du côté de la fédération, même explication pragmatique de Catherine Génisson :
« Danièle Lhomme ne se représentera pas aux prochaines législatives. On a donc choisi quelqu’un qui sera candidat. »
Logique de fief ?
Après les élections, les langues se délient. Du côté des sortants déçus, on dénonce un système partisan où il faut être dans les petits papiers des têtes de listes. Plus qu’une opposition entre les différentes motions du Parti socialiste, les déçus du Pas-de-Calais dénoncent une logique de fief, où les barons locaux font la pluie et le beau temps.
Charles François, conseiller régional sortant :
« Dans le temps, Percheron était secrétaire de la fédération. Tout était décidé avant, sans regarder ce qui se passe sur le terrain. Aujourd’hui, c’est la même chose. Avec Génisson et Percheron, on est revenu 20 ans en arrière. Tout se décide à Lens, au bureau de la fédération. »
Danièle Lhomme :
« J’ai confiance en Martine Aubry mais je pense qu’elle se trouve face à certaines baronnies locales, avec lesquelles elle a dû négocier pour devenir première secrétaire. »
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Marie-Noëlle Lienemann, conseillère régionale sortante a décidé de « quitter le Pas-de-Calais, insatisfaite de l’attitude qu’à eu le PS à Hénin-Beaumont ».
Elle siège aujourd’hui au bureau national du PS et juge durement le « système Percheron » à l’œuvre, symptomatique de « la dérive du PS» dans le Pas-de-Calais :
« Cela joue sur une équilibre des forces des notables locaux… C’est des alliances entre le système Percheron et ça fait longtemps qu’il existe, ce système. »
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Aurélie Darbouret et Laura Aguirre de Carcer


